Revitaliser les Églises, kézako ?

 Le concept d’implantation d’Églises a le vent en poupe. Un autre commence à se faire connaître en parallèle :  la revitalisation.

Le principe de la revitalisation est assez simple et le mot plutôt bien trouvé. L’idée est de permettre à une Église qui est tombée dans un fonctionnement routinier d’en sortir. Pasteur à Valence, Jean-Pierre Civelli est président de l’équipe Vitalité, le département « revitalisation » de l’Union des Églises libres. Il recourt à une image pour illustrer son propos : « L’Église est un organisme vivant. Quand un arbre ne grandit pas, c’est qu’il lui manque quelque chose ». Fort de cette prise de conscience, la communauté concernée va chercher un nouveau souffle. Il est alors possible de se demander quelle différence il peut y avoir entre les notions de réveil et de revitalisation.

David Brown, qui réfléchit sur ce sujet dans le cadre du European Leadership Forum (ELF) depuis 2015, établit la distinction suivante : « Le premier concept ne concerne que la dimension spirituelle alors qu’une Église en bonne santé doit se préoccuper d’un ensemble d’éléments ».

 

Le pendant de l’implantation

 


Ces dernières années, l’accent a beaucoup porté sur l’implantation d’Églises. Pour autant, il ne faudrait pas que les communautés établies soient délaissées. C’est cet enjeu qui a conduit la Fédération romande d'Églises évangéliques (FREE) à se saisir du concept de revitalisation et avec l’Armée du Salut, à créer il y a quatre ans, le parcours TransFormaXion. Son secrétaire général, Philippe Thueler, revient sur la genèse du projet : « Dans la FREE, certains sont pionniers et font de l’implantation. On s’est alors demandé ce que l’on proposait aux Églises déjà en place et qui souhaitaient retrouver cette vitalité missionnelle ».

Cette double prise de conscience se retrouve au niveau même de la structuration des Églises libres en France. En effet, le pôle Développement de l’Union est subdivisé en deux départements : l’un étant consacré à l’implantation et l’autre à la revitalisation.

 

Deux prérequis indispensables

 

Il est naturel pour une Église de connaître des étapes différentes de développement. Ainsi, chaque communauté peut se sentir concerné à un moment donné par le concept de revitalisation. Deux prérequis néanmoins semblent indispensables. Tout d’abord, pour reprendre les mots de Philippe Thueler, « la revitalisation consiste à redonner un élan plutôt qu’à soigner une Église qui est véritablement en crise ». Si elle connaît trop de difficultés, une communauté risque de ne pas avoir les ressources suffisantes pour s’engager sur la voie du changement et c’est d’autre chose dont elle a besoin. « Quand on a mal à une dent, c’est que la carie est trop avancée », résume Jean-Pierre Civelli.

Deuxièmement, il est primordial que les responsables de l’Église concernée soient moteur dans le processus. « Si les responsables ne veulent rien entreprendre, c’est impensable » explique David Brown, qui est par ailleurs président de la commission Évangélisation du CNEF.

 

Plusieurs formules

 

Si la réalité de la revitalisation pouvait exister avant l’apparition plus formelle du terme, il n’empêche que désormais le concept s’est affiné et que les façons de procéder se sont diversifiées. Ainsi, sur le fond, tous ne partagent pas exactement la même compréhension du concept de revitalisation. Et au niveau de la forme, les approches ne sont pas non plus toujours similaires.

Dans le cadre du parcours Vitalité, la dynamique a lieu au niveau de l’union d’Églises. Le cheminement en cinq étapes est conséquent et peut prendre jusqu’à quatre ans pour être mené à son terme.

En Suisse, TransFormaXion vise à rassembler différentes dénominations. Conçu comme un cycle de formation de huit samedis répartis sur deux ans, le parcours est plus léger et cible plus spécifiquement les équipes de responsables.

En France, le CNEF s’est aussi saisi du sujet en mettant sur pied plus récemment une Communauté d’apprentissage au développement (CAD) qui réunit des délégués de différentes unions ou œuvres évangéliques françaises. Enfin, une Église locale qui souhaiterait faire un état des lieux de sa situation peut aussi faire appel à un consultant extérieur. David Brown propose ce genre de service en plus d’enseigner cette matière à l’Institut Biblique de Genève depuis trois ans.

 

Faire face aux réticences

 

L’un des défis de la revitalisation est que la réflexion que mène la communauté doit conduire à des changements. Seulement, si l’Église est un corps, celui-ci est constitué de différents membres et tous ne partagent pas forcément les mêmes positions. Il y aura toujours des personnes réticentes aux évolutions et Jean-Pierre Civelli estime qu’ « il faut accepter cette prise de risque » à partir du moment où une grande majorité y est favorable. C’est pourquoi, avec l’équipe Vitalité, ils conseillent aux responsables d’« avancer lentement mais sûrement ».

De toute façon, une Église ne peut pas connaître un statut quo permanent. Pour le pasteur parisien, David Brown, « il y a un moment où la douleur de ne pas changer va dépasser la douleur du changement ».

Ce qui est alors important c’est de maintenir le dialogue ouvert et, pour le conseil d’Église, d’arriver, selon Philippe Thueler, à bien évaluer le rythme du changement, c’est-à-dire « la vitesse à laquelle la communauté est prête à avancer ».

Nicolas Fouquet

Article paru dans le Christianisme Aujourd'hui, éd. septembre 2019, reproduit avec autorisation.